Fondements de notre approche

Ces éléments qui proviennent de la posture gestaltiste, fondent notre conception de la relation et sont constitutifs de la démarche de l’association :

  • Chaque personne est un être en devenir qui a une capacité à « s’actualiser », c’est-à-dire à se renouveler en fonction de ses ressources et des contextes dans lesquels il évolue.
  • Chacun puise dans les situations dans lesquelles il est immergé pour trouver la meilleure façon possible de participer à la vie commune. Quels que soient les choix qu’il fait face à la nouveauté et à l’éventuelle anxiété qu’elle peut générer, il cherche toujours à aller vers « du mieux », en relation avec sa perception du monde et les moyens dont il dispose à chaque instant.

 

Le concept d’indissociabilité sujet-environnement

Toute expérience, tout acte posé sont inextricablement façonnés par, et avec, le monde environnant.
 
Connaître, ce n’est pas enregistrer passivement des faits, c’est poser une ­question à la réalité et construire activement la réponse. Nous élaborons, avec ce et ceux qui nous entourent, la situation qui se déroule : nous co-construisons le moment présent à partir de ce que nous cherchons à y trouver, les uns comme les autres. Or, cette construction est inévitablement impactée par notre ­conception du monde – elle-même issue des expériences qui nous ont constitués –, laquelle participe de la manière dont nous enregistrons les situations. Enfin, en fonction de ce que nous percevons sur l’instant (de façon plus ou moins consciente), notre présence, notre parole et notre action agissent à leur tour sur la situation.
 
Si l’on transpose ce processus à celui d’une personne interrogée lors d’une ­audience pénale, celle-ci ne sera sans doute pas « la même » selon les intentions de ses interlocuteurs. Ces intentions peuvent contribuer à générer soit une ­ambiance empreinte de confiance où règne une écoute attentive, soit un contexte hostile où elle se sentirait considérée comme une personne négligeable, ou encore traitée avec défiance. De même, son écoute et sa considération pour ses ­interlocuteurs, sa façon de s’adresser à eux participeront de façon significative à la situation et influeront sûrement sur la teneur des échanges et la façon dont les rapports se tisseront. Compte-tenu du cadre, les deux parties (par exemple la personne poursuivie et le juge d’instruction) n’auront sans doute pas le même degré ­d’initiative possible, mais leur façon de faire (et d’être) coloreront toutes deux le cours de l’interaction.
 
Enfin, la façon dont les échanges auront eu lieu participera à l’image que chacun des antagonistes emportera sur lui-même, sur l’autre et sur les possibilités à venir.
 
Ainsi, la perception que chacun développera de ses expériences passées et de l’expérience récente formera le mille-feuille de sa représentation de lui-même et du monde. Ce cumul d’expériences et la vision qui s’en dégagera au présent seront donc le socle à partir duquel il s’orientera au fil du processus pénal pour agir et réagir.
 

L’écoute, un processus complexe à apprivoiser

Lorsque l’on parle de soi, notre réalité n’est jamais équivalente à celle qui ­apparaît à l’autre et ne le sera jamais : nul ne peut ressentir ce que l’on ressent… sinon, l’autre serait soi ! En termes phénoménologiques, l’expérience de l’autre ne peut pas être reçue sur le mode perceptif mais plutôt élaborée sur le mode de la représentation. Ce qu’une personne exprime devient forcément, pour celui qui écoute, l’objet d’une construction.
 
Cependant, en plus de la représentation mentale que l’on se fait du vécu de l’autre en l’écoutant, on a accès à d’autres modalités : des images, des émotions, des élans, des sensations, des perceptions, des souvenirs. Si elles ne nous éloignent pas trop de la situation présente, ces expériences qui nous viennent par l’écoute et l’appréhension globale de la personne contribuent éventuellement à nous indiquer, par analogie, ce que l’autre ressent – ou, peut-être, ce qu’il cherche à induire. D’autre part, si nous arrivons à « dé-coller » notre expérience de celle de l’autre, ces modalités de notre expérience face à lui nous rappellent que nous sommes vivants, différents, et nous mobilisent, dans le meilleur des cas, pour nous positionner dans notre rapport vis-à-vis de cette personne avec la conscience de la différence et la vigilance que cette considération impose.
 

La capacité d’ajustement créateur de la personne

Chaque fois que nous cherchons à satisfaire nos besoins, au sens large, en lien avec les possibilités de notre environnement, nous pouvons soit répéter les mêmes solutions (en faisant omission de la nouveauté de la situation), soit ­chercher de nouvelles façons d’aller vers la meilleure solution possible, compte tenu du contexte et de ce que nous sommes devenus. Lorsqu’a lieu cette création, aussi minime soit-elle, d’une nouvelle configuration à partir des données en présence, nous pouvons parler d’ajustement créateur.
 
En effet, comme dit le psychiatre/art-thérapeute Jean-Pierre Klein: « C’est à travers les énonciations, les productions langagières, quels que soient les langages, que la personne se construit. (…) L’homme est construit par ses constructions. Il est issu d’elles autant qu’elles sont issues de lui. ». Nous sommes effectivement ­persuadés que c’est au fur et à mesure que l’on s’adresse à d’autres que l’on ­découvre et intègre de nouvelles façons d’expliciter notre expérience et donc d’en saisir – et d’en modifier – le sens. Ce « dépliage » est hautement facilité si l’on prend conscience que c’est le fait de s’appuyer sur l’écoute de l’autre qui permet de développer sa propre parole.
 
Le pari de Lapac est que cette expérience, cette attention portée à chaque situation, ce procédé d’explicitation dans ses balbutiements – puis, peu à peu, de façon plus affirmée (ce qui, comme tout apprentissage, requiert du soutien) et ce processus « d’ajustement créateur » que permet une adresse accordée à chaque situation, pourront être re-convoqués lors des audiences judiciaires et de toute autre situation décisive de l’existence.