Favoriser le croisement des savoir-faire

Le modèle institutionnel français, historiquement inquisitoire, étant de plus en plus contradictoire, l’objet de Lapac est principalement de renforcer, voire d’accélérer cette évolution.
 
Les professionnels de la justice développent des usages inventifs dans ce sens. Jean Danet note très justement la nécessité de s’intéresser aux « pratiques des présidents qui en France conduisent l’audience, interrogent, organisent la parole », de faire état « De leur capacité et de leurs talents et méthodes distinctes, de leur souci plus ou moins grand de permettre à chacune des parties de dire ce qui lui tient à cœur comme d’entendre ce qui lui est dit, de respecter les efforts des uns et des autres, bref de desserrer un peu le carcan des contraintes en tout genre pour que la “parole judiciaire” des parties ne soit pas une parole impossible, tronquée, faussée, involontairement censurée par le président, tenue dans une audience mal gérée, épuisante, nocturne, ou pressée. A fortiori en correctionnelle. Il y a là des savoir-faire qui jusqu’à présent n’ont sans doute pas été assez valorisés, transmis, cultivés au sein de ­l’institution ».
 
Nous nous joignons à sa visée encourageant la confrontation d’approches qui gagneraient à être discutées, questionnées ou renforcées pour tendre de façon plus généralisée vers des audiences moins contraignantes. En somme, la parole et ses conditions de production deviendraient une topique judiciaire encourageant un meilleur partage des savoir-faire développés ici et là pour assouplir les cadres qui pèsent sur les débats. Nous souhaitons ainsi appuyer la systématisation de ces pratiques afin que les activités des professionnels de la justice puissent s’enrichir mutuellement dans ce sens.
 

Démarches auprès des différents publics et acteurs

Nous souhaitons proposer des temps de rencontre à tout public intéressé, lesquels pourront s’effectuer sous la forme de modules de sensibilisation de un à plusieurs jours, au cours de séminaires et de formations initiales ou continues. C’est en accord avec la demande, en fonction du contexte et des problématiques soulevées que ces modules pourront prendre forme : les dispositifs à mettre en place et les durées sont aussi variables que les groupes concernés.
 
Notre démarche reste la même pour accompagner tout groupe de personnes qui s’interrogent au sujet des incidences de l’écoute sur la production d’une parole plus ou moins contingente ou limitée.
 
En particulier, prendre en compte les obstacles qu’implique l’asymétrie entre les parties concernées lors de toute audience ne peut que permettre d’ajuster les interactions afin de mieux s’entendre sur le contenu en question. La parole étant au centre de ce qui nous occupe, il nous paraît intéressant d’ouvrir des pistes de réflexion sur sa distribution lors des débats dans un travail de sensibilisation destiné à des professionnels qui s’occupent d’échanges complexes.