À l’origine, une expérience personnelle

L’idée première d’accompagner les personnes détenues pour qu’elles puissent faire face avec intégrité aux diverses audiences qui jalonnent leur processus pénal trouve son origine dans l’expérience d’Hélène Castel.
 
Un an de détention provisoire et un procès en Assises l’ont alerté sur la difficulté inhérente à la position d’accusé pour faire entendre sa vérité face à un tribunal. Compte tenu du contexte de défiance régnant intra muros, l’impuissance ressentie par la plupart de ses codétenues face au processus judiciaire s’exprimait la plupart du temps sur un mode défensif : rarement nommée, elle transparaissait quotidiennement sous forme de repli sur soi ou de comportement agressif, voire autodestructeur.
 

L’accompagnement de codétenues

Lors des promenades à Fleury Mérogis, Hélène Castel a d’abord été sollicitée comme une sorte d’« écrivain public », rédigeant les lettres destinées au juge, à l’avocat ou à la famille de ses codétenues. Témoin de craintes et de difficultés rarement partagées ailleurs, au cours de rencontres de plus en plus régulières, elle a pu voir comme cela prenait du sens pour ses interlocutrices de parler, d’avoir des retours et de chercher du soutien une fois que le besoin et/ou l’envie de prendre en main leur défense avait pu voir le jour.
 
Cette possibilité apparemment simple de développer leur capacité à défendre leur vérité s’est avérée une expérience fondatrice pour certaines d’entre elles. En effet, chacune avait eu besoin, pour être entendue, de tâtonner afin de laisser émerger les mots justes, et avait pu pour cela s’appuyer sur une écoute impliquée, sans enjeux. Un sentiment de légitimité avait pu se construire, légitimité à exister avec ses propres circonstances, et à dire où elles en étaient pour se ­positionner au plus près de leur vécu lors de ces situations où la parole est ­cruciale, que ce soit au moment des audiences pénales ou, à plus forte raison, de leur propre procès.
 
Quand a eu lieu son propre jugement, l’affaire d’Outreau éclatait et la problématique de l’écoute dont le juge pouvait faire preuve figurait dans tous les médias. Or, nul ne prenait en compte que parler de soi dans le cadre d’une juridiction pénale est une exigence qui repose sur un décalage intrinsèque : on attend du détenu une cohérence limpide qui exclut tout droit à l’erreur, alors qu’il est maintenu depuis de longs mois dans des conditions peu enclines à lui permettre de développer cette capacité. De plus, comment peut-il faire avec l’asymétrie des rôles et des langages sans un minimum de prépa­ration ?
 

Le livre et les rencontres qui ont suivi

Ces questions ont incité Hélène Castel à tenter un éclairage à partir de son propre vécu. Dans son livre Retour d’exil d’une femme recherchée, écrit sous forme de réflexion personnelle sur la réalité de la détention, la préparation au procès et le jugement lui-même, elle a cherché à transmettre la nécessité de repenser les modes d’échange ayant cours lors des audiences pénales. Elle a également souligné le besoin, pour les accusés, d’un ­espace de préparation qui leur soit propre pour qu’ils puissent prendre leur ­défense en main, ce préalable lui apparaissant comme le chaînon manquant dans les processus judiciaires qui mènent jusqu’au procès.
 
Suite à la publication de ce livre et lors de rencontres avec de nombreux acteurs des univers judiciaire, pénitentiaire et associatif, certaines évidences sur la façon dont la parole s’échange dans l’interaction entre le juge et l’accusé ont pu être questionnées et des pistes d’interventions possibles ont commencé à émerger. L’idée d’accompagner le prévenu dans sa préparation aux ­audiences s’est peu à peu imposée pour de nombreux interlocuteurs, certains ­magistrats et avocats se montrant également sensibles à cette nécessité. Le projet évoqué dans le livre de mettre en place cet accompagnement en détention ­provisoire a donc pris forme, et l’association loi 1901 La parole est à l’accusé – Lapac a été officiellement constituée fin 2009.